No man’s land

No man’s land

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Ne pas se rapprocher. Ne pas diminuer cette distance entre nous. D’ailleurs, passer sans se voir devient l’unique solution à mesure que ton ombre se découpe plus précisément dans ce mur lointain.

De loin, je le surprends dans sa sphère. Je n’occupe aucune place.

Difficile de ne pas en vouloir à l’autre des pensées qu’on lui prête. Finalement, il n’a rien demandé. Et pourtant c’est de sa faute à lui, si au détour d’un silence plus strident que d’habitude, on croit l’entendre penser. Tout plutôt que ce non-sens. Si un moment son regard s’est éloigné, s’il a cillé, on est bien obligé, non? de compléter l’absence, de nos maux familiers. Parce que s’il s’est tu alors qu’on ne le désirait pas, s’il a disparu sans demander notre avis, c’est forcément mauvais signe! Non? Ce mouvement de son corps au loin, c’est comme s’il fléchissait sous un poids inconnu parti de nous. Non?

(…)

Marion Bonneau