Rien à jeter

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Par déchets, j’entends, les papiers gras mais aussi les lettres écrites et jamais envoyées, les mots que je t’ai dit et que tu as compris de travers, les larmes que j’ai faites glisser et qui n’ont rien fait pousser, le papier qui enrobe les paquets de cigarettes. Le papier transparent qui fait briller l’envie de partir en fumée. Je connaissais quelqu’un qui l’ôtait systématiquement de son paquet mais aussi de celui des autres. Il ne supportait pas qu’il reste mal déchiré sur le carton. Il lui ôtait son brillant avec rage, comme on gratte des croûtes, il faisait le ménage frénétiquement, il n’y avait pas à discuter. Il était redoutable avec ça. On était obligé de lui laisser faire de cette enveloppe un déchet. Il parlait souvent d’enlever le masque. Il se trompait souvent de masque. Une fois, il m’a abandonnée. J’ai faitla grimace. Jen’ai plus jamais ôté les papiers transparents, j’ai fait comme je voulais : pas de déchets.

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Marion Bonneau