Ex Voto

Elle

J’espère que vous aimez le jaune…

Faut pas me laisser comme ça. Avec la peur et la culpabilité. Faut que vous les preniez. Il doit bien y avoir des gens qui en manquent, à qui ça ferait du bien de se sentir en faute, de craindre qu’on les perce à jour. Moi, ces états d’âme, ça me durcit le ventre, le petit il est tout comprimé dedans. Depuis hier, je ne le sens plus gigoter.

La dernière fois que je suis venue vous voir, c’était à la mort de mon chien. Je vous avais apporté mon chagrin dans un bouquet de roses. Je ne sais pas si c’est la couleur qui ne vous a pas plu ou quoi, mais, soit dit sans vous offenser, j’ai attendu un certain temps avant que vous m’en débarrassiez.

Là, il s’agirait de ne pas traîner, soit dit sans vous commander. Il naît dans deux mois le petit. Si vous me délivrez sur le champ de ma mauvaise conscience. Sinon il va se pointer trop tôt et mon mari qui est en mer.

Il est si joyeux mon mari. Longtemps il a reluqué mon ventre tout plat qui restait plat. Il faut dire qu’ils sont longs ses départs. Je ne dis pas ça pour m’excuser. Je sais que j’ai épousé un mari courant d’air. Et que chaque retour est une fête aussi. J’ai au moins cette chance, de fêter mon amour plusieurs fois par an. Mais cet amour reste pas assez longtemps pour me faire un petit.

(…)

Marion Bonneau

Texte commande du Pays des Trois Vallées, inspiré par la chapelle du Hamelet