Muches

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Chambre 24

La première chambre vide, c’est ici. Admirez comme elle est vide. Si absolument nue. Vous voyez, là, de chaque côté, les parents et leurs trois fils ? Ils dormaient alignés. Quand ils dormaient. Mais on ne sait pas s’ils dormaient. Le premier fils quand il se réveillait, baillait par ici. On venait de le marier juste avant de descendre. Sa femme n’était pas là ? Sans doute occupée ailleurs à cette heure. Sinon, elle se plaçait tout près de son jeune mari. Vous la voyez ? A moins qu’il ne soit pas encore marié et dans ce cas cela expliquerait qu’elle n’ait pas encore de place attitrée. Le plus jeune, un bagarreur, pas comme ses frères. Un solitaire. Mais à son âge, on peut encore changer. Enfin sauf que lui, il n’a pas vraiment pu. C’est la première chambre vide parce qu’ils sont morts les premiers. Ils ont arrêté l’ennemi au goulot de pierre, y ont laissé leur vie. Personne n’a su qu’en faire. A cette époque, quand on laissait une vie, elle n’était pas recyclée. Aujourd’hui on aurait su très vite la transformer en quelque chose d’utile. Car la vie laissée est utile à ceux qui restent. Mais à l’époque, ils les mettaient sous terre tout au plus.  Ou les rats s’en chargeaient. Des bons gars et courageux avec ça, moi je vous le dis. Vous voyez la mère devait s’agripper par ici à l’annonce de la mort de ses hommes. Quoi qu’elle ait pu mourir en même temps qu’eux et alors elle ne se serait rendu compte de rien. Sinon, cette marque au mur, c’est quand elle s’est écroulée, ivre de chagrin. A du mourir par là, dans son coin.

L’Histoire ne nous dit pas tout. C’est une cachottière. Mais les murs s’en souviennent si on regarde bien

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Marion Bonneau

2009