Pas à pas

Un lscardon et drucatieu à écrire, après une première visite, jeu autour des premières impressions, ce qui reste après quand je m’éloigne…

Ici le gîte Le Scardon et la Drucat à Caours.

Pas à pas

 Pas vers l’avant

Je fabrique un pas à partir de ce léger déséquilibre qui me propulse vers l’avant. Je me retrouve ici quand je suis venue pour la première fois.

Je fais ce pas donc et je vois un chien blanc. Il m’accueille derrière la grille en fer forgée. Elle est fermée. Pas de sonnette. Je vois la volière vide. La maison grandiose adosse ses années contre des tourelles élancées. Elle se cache au bout de l’allée verdoyante que je viens d’emprunter. Un chuchotement d’eau l’entoure. Les cimes des arbres font danser leurs ombres sur le jardin. Il déploie ses méandres entre les bâtiments qui ornent la propriété : maison, pavillon, serre, écurie. Je suis dans l’odeur du tilleul. J’ai déjà envie de noter les noms. Et celui des deux rivières qui s’y sont données rendez-vous, Le Scardon etla Drucat.Jeprolonge le tête à tête insolite avec le chien blanc. Il n’a pas aboyé. Un chien silencieux, voilà qui est de bon augure. Son regard me scrute avec une telle douceur que je m’attends cependant à ce qu’il m’adresse la parole. Ce lieu pourrait convoquer les chiens parlants et les lapins pressés. Alice établirait son rêve ici…

Les sensations s’accumulent et je m’installe dans l’attente de quelqu’un qui viendrait m’ouvrir. Je prends une douche de parfums d’été. Je suis si bien qu’un instant, j’envisage d’annuler mes vacances. Ce pas en avant est un voyage des plus rafraîchissants. Dépaysement. Plénitude. Il y a des lieux qui font tout ça au premier contact. Je me sens arrivée quelque part.

Je parle avant l’oiseau. Je déguste cette pause impromptue au lieu du rendez-vous dont j’ai oublié l’objet. J’adopte l’endroit sans même avoir franchi la grille d’entrée. Instant suspendu et superbe. Dick – je connaîtrai son nom plus tard – le chien de la maison, est assis maintenant. Il consent à m’accompagner dans cette heureuse immobilité.

Je parle avant l’oiseau, avant de vous révéler sa présence comme elle s’est révélée à moi. Avant de rompre avec ce temps hors temps, cette escapade qui tient dans un seul pas.

 

Faux pas

De la volière soudain s’élève le chant limpide et strident d’un oiseau. Il coule commela Drucatet le Scardon. Il jaillit et jaillit à nouveau. Roucoulement alerte, joie presque indécente à l’oreille de l’inconnue que je suis. Gaieté contagieuse à en voir le sourire accueillant de la propriétaire. Elle apparaît derrière la grille et Dick, gentleman, se lève comme le font les messieurs polis à l’entrée d’une dame. L’oiseau a sonné. Ou bien la femme des lieux l’a sonné. Dans tous les cas, je n’en reviens pas.

Comprenez-moi bien : je m’apprête à noter : « une maison, un chien, une volière vide. » Et dans la douce torpeur qui me gagne à rêver, je manque à ma gauche cette présence légère comme une plume et pourtant si dense.

Ce que j’ai pris pour un ornement s’avère abriter une créature vivante. Je suis passée complètement à côté. J’ai résumé l’endroit des yeux, des oreilles, du nez, de la peau même. J’étais dans la parfaite maîtrise de mes sensations. Elles sont erronées.

Il aurait suffi d’un tout petit pas de côté et je l’aurais vu, perché à quelques centimètres à peine. Il aurait suffi peut-être d’une inclinaison, d’un autre regard…

Il n’est pas trop tard bien sûr et ce n’est qu’un oiseau, mais le doute s’immisce déjà : dans le tableau que je m’apprête à faire du lieu, qu’est-ce que je vais manquer ? Qu’est-ce qui va m’échapper ?

L’oiseau a su se faire entendre. Son chant l’a ramené dans mon champ de perceptions. Mais il faut que ça sorte fort pour ce que ça existe enfin à côté de moi. L’amour. Ou l’appel. Ou l’appel au secours. Ou la présence simple. A regarder toujours sous le même angle, à conserver la même focale, il y a des chances pour que j’en laisse échapper des oiseaux.

(…)

25 août 2012 Marion Bonneau