Quand le silence se prend une claque

Certaines des questions que grands, nous nous posons, remontent de très loin dans l’enfance.

Elles ne prennent pas les mêmes formes, n’empruntent peut-être pas le même vocabulaire mais elles ressemblent beaucoup à ces toutes premières questions qui ont surgi à la suite d’un évènement peut-être anodin ou anecdotique pour les adultes et qui a pris une proportion monstrueuse pour l’enfant que nous étions.

J’ai envie de raconter cet évènement qui soulève une tempête dans tout notre être, envie aussi de revenir à ce qu’il est fondateur d’une façon de penser, de se situer par rapport aux évènements ultérieurs, dans le rapport à l’autre, à l’attente, à l’absence ou à la présence, à la séparation.

« Quand le silence… » revisite ces questions qui nous taraudent et joue avec elles, comme peuvent jouer les enfants en les manipulant à travers le langage, le dialogue, le jeu des situations, en convoquant ces excellentes recettes enfantines qui transforment le réel pour l’apprivoiser, le triturent comme de la pâte à modeler

 

C’est en voyant Mavikana Badinga et Delphine Galant interpréter un duo dansé que l’envie d’écrire une pièce pour elles a germé.

Je me suis inspirée de leur chorégraphie pour imaginer l’histoire, les deux petites « elles » prises dans la tourmente d’un silence rompu.

Le teaser réalisé par Pascal Toutain est ici

Extrait

 

Les filles qui attendent

(…)

A –Et le bonheur ?

B – Quoi le bonheur ?

A- Où tu le ranges ?

B – Derrière. C’est un plus grand que la joie. On voit sa tête qui dépasse.

A – Et le désespoir ?

B – Il tourne le dos à la surprise. Regarde le qui boude. Et il se ressert une gorgée de tristesse alors c’est la goutte qui fait déborder le vase. Y’en a partout, ça glisse sur toutes les images, elles deviennent sans lumières et grises. On voit les choses mais on les comprend plus, on se demande «  A quoi ça sert ? ». Pour nettoyer, accroche-toi ! Silence dans les rangs !

A – Et l’amour ?

B – Oh ça alors, l’amour. Parfois il est tout devant, parfois il est tout derrière ou sur le côté… il aime bien changer de place. Il fait des additions de pleins de trucs !

A – Des « Oh mon amour ! », des « Je t’aime, tu sais ? »

B -Des bisous, des bagues, des châteaux et aussi des papillons dans les yeux et des histoires roses et blanches avec des petits cœurs partout et des danses comme ça et des filles qui s’endorment et qui attendent…et des garçons…

A – Elles attendent quoi ?

B – Je sais pas.

A – Elles sont pas si bêtes à s’endormir et à attendre quand même !

B – C’est ce qu’il y a dans les livres.

A – Pas tous les livres !

B – Il y en a qui attendent et puis il y en a qui n’attendent pas.

A – Elles ont bien raison. Surtout qu’elles savent pas ce qu’elles attendent.

B – Un prince. Un beau prince.

A – Les princes parfois ça aime les princesses réveillées qui attendent pas.

B – Elles ouvrent grand les yeux et elles réveillent la terre entière en chantant.

A – Non, en se taisant.

B – Non en criant.

A – Non en dansant.

B – Non en chuchotant.

A – Non en racontant des blagues.