Un peu plus loin quand même

Un peu plus loin quand même est éditée chez Alna-Editeur. Création en 2010 dans une mise en scène de Charles Lee, production cie Correspondances

Extrait filmé

Lui – Ce qui m’inquiète c’est que vous respirez à peine. J’ai la sensation que vous faites de l’apnée à côté de moi et je commence à faire de petite pause respiratoire en même temps que vous et l’effet calmant que vous aviez sur moi s’en trouve altérer.

Elle – Vous vous sentez mal ?

Lui – Si vous ne bougez pas tout de suite, j’ai de cruel doute sur mon devenir.

Elle se lève et l’invite à danser. Ils dansent en silence.

Elle – Ca va mieux ?

Lui – Il faut le temps de ventiler l’ensemble.

Elle – Vous êtes tout pâle.

Lui – Non, ça va aller.

Elle – Si vous êtes tout pâle.

Lui – Non, je vous dis que ça va aller.

Elle – Mais vous êtes tout pâle.

Lui – Vous décrochez là, vous décrochez…comme avec la chanson… un court-circuit ?

Elle – Vous êtes devenu si pâle… ça m’a fait un tel choc… j’ai repensé à Misère, mon chien et…

Lui – Je ne vois pas le rapport.

Elle – J’ai… enfin j’avais un chien, que j’avais appelé Misère… pour faire comme la chanson… « Misère, Misère… »… enfin ça n’avait aucun rapport mais ça lui allait très bien. Je hais les chiens. Mais bon… En fait, non… je n’avais aucune envie d’avoir un chien. Je déteste leur odeur et puis il vous colle tout le temps, ne parlons pas de leur haleine…

Lui – Et il était pâle.

Elle – Pardon ? Non, pas du tout. Un chien ne peut pas pâlir. Ce qui le différencie de l’homme. Non, il est mort.

Lui – Vous l’avez tué ?

Elle – Mais non, je l’ai adopté.

Lui – Et ça l’a fait mourir.

Elle – Non, pas tout de suite… enfin je veux dire qu’il n’est pas mort tout de suite. Nous avons passé une bonne semaine ensemble. Il était si doux, si gentil que j’ai presque réussi à oublier son odeur et pourtant il sentait… oh là là qu’est-ce qu’il sentait… mais en fait il était déjà malade et le chenil ne l’avait pas vu… ou bien ils ne me l’avaient pas dit. Les gens me prennent souvent pour quelqu’un de très naïf mais même si je mets un peu de temps, je vois bien les choses.

Lui – Non mais je vais très bien.

Elle – Laissez-moi finir… un jour, il dormait sur un fauteuil au pied du lit et je me suis levée comme tous les matins… et comme tous les matins, il s’est levé aussi sauf qu’au moment où il s’est mis sur ses pattes, il est resté figé et pouf, mort instantanément.

Lui – Pauvre Misère.

Elle – J’ai été choquée.

Lui – Je comprends.

Elle – Alors en vous voyant tout d’un coup là, tout pâle, j’me suis dit « ça recommence ».

Lui – Je comprends.

Elle lui marche sur les pieds, il bondit.